Fiche : Baudelaire, Le balcon

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Fiche : Baudelaire, Le balcon

Message par FoX le Dim 12 Juin - 22:17

« LE BALCON»
Les Fleurs Du Mal , Baudelaire

INTRO
Le Balcon évoque les moments éphémères de bonheur que le poète passa avec l’aimée, au cours desquels l‘harmonie du couple paraît aussi subtile que fragile. Il est éclairant de savoir que ce poème a été écrit dans une rupture avec Jeanne Duval (maîtresse du poète, et inspiratrice d'un cycle de poèmes voués à la sensualité).
Le poète adresse à une femme dont le double visage de « mère » et de « maîtresse » étonne dès l’abord : on s’attachera pour commencer à étudier l'ambiguïté de cette figure féminine. Entre ce « je » et ce « tu », le rapport évolue ensuite de la complicité sensuelle à l’inquiétude muette. L'évocation est, d'autre part, indissociable d'un décor (comme le suggère déjà le titre) communiquant ici le dedans et le dehors, l'ampleur aérienne et l'intimité domestique. Comment enfin ne pas être sensible à l'atmosphère de nostalgie qui se dégage de ces strophes ? Il y a ici un lyrisme du temps perdu et retrouvé ; retrouvé, comme nous l'indique la dernière strophe, grâce aux pouvoirs mêmes de la poésie.

I) Ambivalence de la figure féminine
Le 1er vers juxtapose 2 visages de la femme. La « Mère des souvenirs » permet de remonter vers passé, renvoyant m^ au paradis perdu de la mémoire ; puis elle est aussi la femme désirable et impérieuse selon double sens de « maîtresse ».
On repère alors aisément l’ambivalence de cette mère-maîtresse dans le vers 2 où s’opéré le clivage essentiel : sensualité d'un coté, respect de l'autre. Au respect quasi filial répondent calme domestique (v.4) et bonté du cœur (v. 8, 24). Du côté de la maîtresse sensuelle on notera termes « plaisirs » (v.2), …
Le texte joue donc sur un double registre : images et constructions entrecroisent traits sensualité et affectivité ; ex : (v.Cool le parallélisme syntaxique souligne que attrait des sens et quiétude morale sont indissociés. (cf aussi v.24). Le poème exprime une plénitude d'adoration, spirituelle et charnelle, comme le montre vocatif du v.13. Baudelaire atteint idéalisation par réconciliation des contraires : la femme charnelle des Fleurs… est souvent dure et ingrate tandis que la femme-mère demeure madone inaccessible (cf « Harmonie du soir »). Ici, c'est l'alliance de la beauté et de la bonté, de la maîtresse et de la mère.

II) Une harmonie fragile et menacée
L’intimité du couple est paisible et harmonieuse dans les 2 premières strophes. On observe un équilibre de la sensualité et de l’esthétisme (v.3). La 3ème strophe marque le rapprochement, chaste et sensuel à la fois de « je » et de « tu ». Mouvement d’adoration et d’effleurement (v.13) -> apothéose de la communion. Vers 14 le sang est le symbole même de l’ardeur vitale et est comme vaporisé dans ce « parfum » (toujours valorisé dans Fleurs…).
Dans 4ème strophe, une inquiétante ambiguïté s’insinue : la femme devient invisible dans l’obscurité ; si les yeux demeurent ouverts, le poète en est réduit à « deviner » ds leurs « prunelles » (v.17) les sentiments équivoques qui habitent sa compagne ; l’oxymore (v.18) montre la perversité qui menace la communion à laquelle aspire pourtant le « je ».
Sa compagne ne lui importera désormais plus que dans la mesure où elle l’abrite (v.22).
La présence de la femme aux côtés du poète n’aura alors d’autre rôle que de permettre la résurrection imaginaire des « minutes heureuses » d’autrefois.

III) Le décor : ampleur aérienne et intimité domestique
L’importance du décor se signale dans le titre même du poème. Par le balcon l’intérieur s’ouvre sur l’extérieur : l’intimité de la chambre se prolonge dans la profondeur mystérieuse d’un paysage crépusculaire (v.15).
La douceur paysage-atmosphère vers 7 : cf impressionnisme (B. dissolve formes lumière, légèreté aérienne du rêve…).
Soirs chauds d’été et feu allumé ? Il ne faut pas oublier que le poème entrecroise des souvenirs liés à différentes saisons : entre « vapeurs roses » (automne ?), l’or des « chaudes soirées » estivales, le rougeoiement du « foyer » hivernal s’instaure une puissante harmonie colorée.
En relisant le vers 12, nous sommes invités par la symétrie de la syntaxe, à imaginer que l’espace et l’intimité affective participent à une même expansion euphorique. L’ampleur du décor est comme la projection de la « puissance » du sentiment : dans la magie transformatrice du souvenir, le réel lui-même s’agrandit aux dimensions du cœur.
Toutefois dans 4ème strophe (dégradation complicité), comparée à une « cloison » (v.16), la nuit constitue un symbole de l’absence de communication : car désormais les amants sont enfermés l’un pour l’autre dans l’opacité de leur intériorité.

IV) Le temps retrouvé
« l’art d’évoquer des minutes heureuses » (v.21, 25) Au sens étymologique, évoquer signifie appeler, rappeler ; et plus particulièrement, rappeler au jour l’âme des défunts. Souvenons –nous que Baudelaire définit la poésie aussi comme « sorcellerie évocatoire », magie des mots rendant les réalités absentes. Aussi, cet art d’évoquer ne désigne-t-il rien d’autre que la poésie elle-même. De l’idée de magie évocatoire peut-on ainsi glisser à celle d’incantation en usant du 5ème vers de chaque strophe ; le poète joue du pur pouvoir des mots.
La structure de la dernière strophe est certes interrogative mais le développement même de la comparaison (v.28) est positif car les vers 28 et 29 n’évoquent pas des aubes banales : la répétition cyclique fait d’eux le symbole d’une victoire sur le temps. De même, la parole poétique triomphe du temps, comme en témoigne le dernier vers isolé par le tiret initial.
Ce vers résume la plénitude d’anciennes soirées amoureuses. La parole poétique retentit dans toute sa solennité (3x « ô »), hors de toute contingence temporelle. Sa résonance est « infinie », à l’image de l’adjectif même qui clôt le poème.

« Le Balcon » rassemble en un bouquet unique tous les thèmes de « Spleen et Idéal ». La femme y apparaît aussi désirable que vénéneuse, le crépuscule aussi somptueux qu’inquiétant, le bonheur menacé par l’ennemi suprême, le temps. Le poème contient aussi une méditation sue les pouvoirs de la poésie : le passé n’est « impérissable » (v.9) que si le poète sait « laver » et « rajeunir » dans les « mers profondes » de son esprit (cf poème XIV) ces mots usés qui sont les nôtres.

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Mathieu !

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