Fiche : Baudelaire, Correspondances

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Fiche : Baudelaire, Correspondances

Message par tara_14 le Mar 21 Juin - 12:20

fiche sur correspondances

Baudelaire : Les Fleurs du Mal : Correspondances

Rappels :
Baudelaire, très influencé par le romantisme et le Parnasse s'est imposé comme le chef de l'école symboliste, reconnu par Rimbaud comme le " vrai dieu ".
Innovateur, il ouvre des voies nouvelles :
- en se situant dans une conception platonicienne de l'univers,
- en conférant à la poésie la fonction de symboliser, c'est à dire d'unifier, de relier, pour cela en systématisant le pratique des correspondances.
Ce poème est donc très important dans l'esthétique symboliste et Baudelairienne. Ce poème est un sonnet (ABBA / CDDC / EFE / FGG) ; à travers cette forme fixe, immuable, Baudelaire évoque la Nature dans toute sa splendeur, au milieu de laquelle l'homme se promène envahi mais charmé.
Introduction : Charles Baudelaire, présente une définition du poète qui apparaît comme le médiateur entre la nature et l’homme, dans son sonnet Correspondances. En effet, il est persuadé que seul celui-ci peut percevoir profondément les sensations de la nature, première inspiration d’un poète. En outre, le poète, selon Baudelaire, instaure une synergie avec la nature qui lui permet des suggestions dans ses poèmes. Il nous montre comment à partir des sensations terrestres il aboutit à l’idéal. Baudelaire analyse les moyens d'établir une communication entre ces deux mondes, rôle du poète. Pour cela, deux types d'analogies sont suggérées: les correspondances verticales (monde terrestre/monde supérieur) et horizontales (entre les différentes sensations. Le poète semble y jouer le rôle de "déchiffreur de symboles".Les deux quatrains énoncent la théorie des correspondances tandis que les deux tercets l'illustrent. Ainsi, en même temps qu'il expose sa théorie, Baudelaire la met en pratique. Nous étudierons donc ce poème en trois parties correspondant au découpage du sonnet:
Premier quatrain
II. Deuxième quatrain
III. Les deux tercets


I. Premier quatrain
Il est construit sur l'équilibre homme/nature

Nature présentée de manière élogieuse : lieu sacré, grand livre du monde. Caractère solennel, respectable. Lieu de communication privilégié. Le poète comme un prêtre, un devin, détient les clefs du temple. Construction en deux parties, deux enjambements : aucun obstacle ne vient déranger l’équilibre.
La Nature a 3 qualités dans le texte :
- elle est religieuse. " La Nature est un temple ", " pilier ", métaphore filée dans le premier quatrain, analogie entre les arbres d’une forêt et les piliers du temple. Sens très vaste du mot " religion ", qui est ici lieu de liaison, lieu qui donne du sens en reliant le sensible à l'invisible, le physique au métaphysique. lieu privilégié de la communication mystique avec le divin
- La nature est aussi un lieu symboliste : " l'homme y passe à travers des forêts de symboles ", Donc, des forêts de liaison, de liens, avec un champ lexique cale positive: observe avec des regards familiers. « confuses paroles » épithète qui connote le symbole à déchiffrer
- elle est vivante, avec " vivant, parole, observe, regards familiers, … "
Parole, regard attribué à la Nature qui s'associe à la perception humaine. L’homme et la nature appartiennent au vivant et leur communication doit être donc possible.

Dans la deuxième partie, l’homme semble moins fort, à l’inverse de la nature qui semble un temple pérenne, alors que l’homme apparaît comme un passager transitoire : « l’homme y passe » verbe connote l’éphémère et une certaine passiveté. Cette perception de l'Homme amène une dénonciation, et l'Homme réagit en ouvrant ses sens.
Celui-ci est invité à décrypter les signes : difficulté de perception : " parfois ", " confuses ". Cette relation reste souvent opaque et mystérieuse. L’homme doit donc chercher un sens, une traduction spirituelle derrière la matérialité du monde.
Relation entre Nature et homme correspond respectivement à un statut d’émetteur/ récepteur, une relation bienveillante s’établit « regards familiers », le lien passe par deux types de perceptions ; auditif « paroles » et visuel « regard ».
Ce premier quatrain et donc un quatrain d'avertissement.
La nature est un lieu de symbole qui donne naissance à la condition de l'homme pour peu que ce dernier ouvre ses sens, ne reste pas sourd ni aveugle.


II. Deuxième quatrain
prolonge le premier en le précisant...
Quatrain construit sur deux comparaisons imbriquées. « Comme de longs échos qui de loin se confondent » Sonorités : échos dans les sons " KDL : qui de loin ", " comme de la… ". Assonances nasales en " on ".
Dernier vers, noyau du poème, il résume les synesthésies des sens.
" Les parfums, les couleurs et les sons se répondent ".
C'est un vers particulièrement travaillé au niveau syntaxique, avec l'énumération de 3 sujets participant à la même action. Trois sens sont évoqués. Tétramètre (3/3/3/3) qui montre leur équilibre.
Voix pronominale réciproque : chaque sujet agit sur l'autre. La formule revêt presque la tonalité d'une maxime, et est une règle essentielle du symbolisme.
On appréciera la structure du quatrain nous permettant d'attendre la maxime, la laisse en suspend, et en exprimant d'abord une 1ère comparaison :
" Comme de long échos qui de loin se confondent ".
Dans les deux quatrains, les couleurs et les sons étaient légèrement suggérés : " noir-blanc ". En revanche, dans les deux tercets, lorsqu’il évoque les parfums, palette de couleurs et sonorités plus vivantes. Le parfum est d’ailleurs un thème récurrent chez Baudelaire.


II. Les tercets
illustrent la théorie des correspondances
Baudelaire choisit l’exemple des parfums pour illustrer l’étendue des sensations qu’il peut percevoir. Les deux tercets forment un sizain (une seule phrase). La synesthésie est bien montrée ; en effet, trois sensations : tactiles, visuels et sonores sont évoquées à partir des parfums. Adjectifs polysémiques " doux ". La polysémie de l'adjectif permet de passer de sens en sens: odorat, toucher, ouïe, vue

• tactile : " chairs d'enfants fraîches ",
• musical : " le hautbois ",
• visuel : " vent, prairie, printemps ".
Connotations: innocence, pureté (enfants), harmonie musicale (hautbois), nature printanière (prairie)
Le poète cherche un 2ème exemple, auquel il ne donne plus d'équivalences sensuelles mais morales, avec les notions de " corrompu, riche, innocente ".
Gradation à travers ces 3 qualités :
- corrompu : il est lourd,
- riche : il est tenace,
- triomphant : il est dominant.
Gradation qui culmine par le mot très fort " expansion ", qui montre que le parfum prend plus d'ampleur encore . Diérèse " expansion " qui mime la prolongation de cet infini. La gradation se continue comme si cette sensation provoquait chez le poète l'élévation, et un oubli du spleen, un transport vers l'idéal.
Tous ces éléments montrent la propagation du parfum qui s’exprime et se dilate.
Dans cette gradation, le poète retrouve les sensations les plus lourdes, capiteuses, comme " le musc, le benjoin, encens,… "
Dans le dernier vers, on retrouve la théorie des correspondances: les sens provoquent par l'intensité des perceptions l'accès au spirituel, c'est l'esprit qui culmine, du fait que l'idéal peut-être atteint par la quête des sens.

Conclusion : Poème fondateur de la poétique de Baudelaire (et à terme du mouvement symboliste), Correspondances réussit le tour de force d'exposer une théorie tout en la mettant en pratique. Il s'agit de déchiffrer les symboles que nous transmet la nature afin d'accéder à un univers supérieur (spirituel). Pour cela, il faut accepter l'idée d'une mobilisation des sens en synergie. Au-delà de la théorie, on trouve l'exotisme, la pureté et la corruption... autant de thèmes omniprésents dans les Fleurs du Mal.

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