Fiche : Jarry, Ubu

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Fiche : Jarry, Ubu

Message par FoX le Dim 12 Juin - 22:15

Ubu-Roi, A.Jarry

Ubu-Roi est une parodie désacralisante du Macbeth de Shakespeare. Son auteur Jarry fait figurer dans sa pièce un personnage grotesque, Père Ubu, qui a pris la place du roi, répondant aux ambitions de sa femme Mère Ubu. Sur son trône, Père Ubu se met à rassembler des richesses sous toutes ses formes, de la manière la plus arbitraire possible. Alfred Jarry écrit cette pochade en 1896 (pièce écrite très rapidement) pour s’amuser et pour se moquer d’un de ses professeurs de lycée. La première mise en scène de cette farce date de 1896.

I. Une pure scène de farce
L’extrait regroupe tous les aspects de la farce : on y trouve le ridicule ou l’exagération derrière le rôle du Père Ubu, qui exécute un par un les nobles sans justifications précises. Par ailleurs il y figure la trappe, outil qui soutient le comique de la scène en faisant disparaître les nobles instantanément.
D’autre part, on est frappé par la simplification et le grossissement de la mise en scène. En effet, Jarry ne fait qu’une grosse caricature du despotisme. Il a lui-même choisi de faire jouer ses personnages d’un ton neutre, sans expressions et dépourvu de réalisme, dans un décor abstrait. Il n’y a aucune individualisation, aucune nuance, aucune évolution de la psychologie des personnages. Le comique de répétition cherche à aller dans cette direction, avec le retour de l’expression « dans la trappe ! » tout au long du passage. De même, les nobles réagissent tous de la même façon face au Père Ubu et les magistrats se répètent : « - Horreur ! – Infamie ! – Scandale ! – Indignité ! ».
Cette scène est également marquée par tout son caractère visuel, point important dans la farce. On imagine facilement les personnages en train de se mouvoir devant un Ubu faisant de grands gestes. En plus de la brutalité des actes, la violence du langage d’Ubu est très visible dans les insultes et dans la déformation des mots. Par exemple, les noms des nobles correspondent à des noms de Balkans, et les mots « bouffresque », « merdre » sortent directement de l’imagination de l’auteur.

II. D’une simple farce à une satire de l’Homme, élargissement
Cette farce de Jarry a une visée discriminatoire. Il s’agit de se moquer d’une littérature sacralisée. Après la première représentation, on qualifie son œuvre de blasphématoire. Jarry fait effectivement référence au Macbeth de Shakespeare (même intrigue), ainsi qu’à la tragédie Oedipe-Roi (par son titre) de Sophocle. Ce sont deux grandes œuvres glorifiées dans la culture occidentale, intouchables.
La pièce a ensuite un aspect carnavalesque. Arrive sur le trône Père Ubu, adulte qui se conduit comme un enfant à cause de sa gourmandise, qui dévore un par un les nobles et leurs richesses. Son comportement régressif est un côté amusant de la pièce. Du fait de sa brutalité, Ubu ignore toute forme de sociabilité. Il ne connaît la parole que sous la forme d’insultes.
La scène est un grand carnaval car c’est le « monde à l’envers ». Les rôles sont inversés : Ubu est le plus bête, le moins qualifié et donc il est choisi pour être roi. C’est un retour en arrière, on représente l’homme qui redevient une bête, un être primitif (comme dans un carnaval, on s’amuse à prendre l’apparence d’un animal).
Finalement, Ubu-Roi est à la fois un grand carnaval et la satire d’un tyran. Pour Jarry, la pièce ne consistait pas à incarner un tyran en particulier, mais le tyran en général. On peut dire que Ubu est une part de nous, il est l’aspect insupportable de la vie, la face ignoble de la l’être humain. L’Homme doit en effet détruire pour pouvoir vivre et c’est cette part détestable que Jarry cherche à figer dans Ubu. Le public est fâché car Ubu montre le visage de l’être humain que le public ne veut pas voir et accepter.

Ubu n’est pas irréel. Il ne l’est pas car il va au fond d’une réalité. Il est très logique dans sa manière d’agir parce qu’il absorbe les richesses dans le but « d’enrichir le royaume », dans le besoin. Jarry pourrait être comparé à Picasso : l’auteur incarne dans son personnage une certaine horreur que l’on peut avoir vis-à-vis de la réalité humaine, le côté destructeur de la vie. Même si Ubu est un personnage extrêmement exagéré, il faut accepter qu’il existe bel et bien (Ubuesque qualifie un caractère violent qui se ridiculise ).

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Mathieu !
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