Fiche : Proust, la mémoire involontaire

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Fiche : Proust, la mémoire involontaire

Message par FoX le Dim 12 Juin - 22:09

Du coté de chez Swann
(Passage de la madeleine)

Marcel Proust (1871, 1922) a entamé à partir de 1911, suite à la mort de sa mère, une œuvre littéraire extrêmement importante, de par sa taille et ses influences. D’abord mondain bourgeois avant 1906, fréquentant les milieux homosexuels dont son œil d’observateur n’épargnera pas la critique, il vivra reclus pendant une dizaine d’années pour l’achever. Elle regroupe essentiellement des souvenirs, ou plutôt des « adaptations de souvenirs » (lui-même aurait refusé la désignation d’autobiographie dont on qualifie parfois son œuvre), s’appuyant sur sa découverte de la mémoire involontaire, qui contrairement à la mémoire volontaire fait « ressurgir le passé ». Ici, cet extrait du premier livre du Coté de chez Swann intervient après plusieurs pages dans lesquelles l’auteur essaie de se rappeler d’une impression. Il a presque abandonné lorsqu’un de ses sens, le goût, parvient à lui faire retrouver une ambiance oubliée. Il s’attache alors à la description de cet univers conformiste dont il ne fait plus parti et qui lui permet un certain regard ironique. D’autre part l’étude du style, sa recherche de l’exactitude, sa démarche même peuvent être des explications à la « revolution littéraire » engendrée par la rédaction de cet ouvrage.

I.La redécouverte du souvenir
°part d’une madeleine, très métaphorique à elle seule :beaucoup plus doux que la biscotte,sucrée, sonorité plus tendre, connotation positive dès le départ. Marie Madeleine est la figure évangélique présentée comme une prostituée repentie :idée du plaisir, de la gourmandise. Associée au « plissage sévère et dévot » En même temps, la religion est aussi associée à des idées de privation…>C’est la tentation (plaisir plus tentant lorsque interdit…)
°le goût : sens plus primitif que la vue dans notre esprit, plus vague mais aussi implique un rapport direct entre l’objet et la personne. Le souvenir très vague a donc besoin d’un support beaucoup plus concret et c’est cette idée qu’il exprime à la fin du premier paragraphe. Au deuxième paragraphe, il rebondi à nouveau sur le sujet >car c’est de la que tout est parti ! >>>>>LE FOND C’EST LA FORME
°En effet, il parle après ce second « peut être » de destruction, de mort, de ruine et le souvenir apparaît face à cela comme une force créatrice, c’est elle est extrêmement valorisée, cette capacité à redonner la vie.
°d’autre part, il s’agit de partager cette notion de mémoire involontaire avec le lecteur qui l’a certainement lui-même déjà éprouvé sans pour autant avoir pu le qualifier, d’où son image des fleurs japonaises, une nouvelle métaphore. Cette image, cette association d’idée avec tout ce que la Madeleine suggère de par sa simple évocation, relève là du domaine de la poésie.
C’est donc un texte bercé de tonalités poétiques, dignes du souvenir que Proust a de son enfance, même s’il a grandi.


II.Son regard ironique mais tendre sur l’univers conformiste de son passé
°le rituel exposé : « le dimanche matin », avec « avant l’heure de la messe », c’est comme une répétition.
l’utilisation de l’imparfait, le choix entre « thé ou tilleul », montre que l’événement n’a pas eut lieu qu’une fois, c’est l’habitude.
En plus, le thé/tilleul à une connotation un peu vieux jeu, ambiance de vieille dame. En même temps, il a un coté rassurant et protecteur mais Proust se moque de cet univers étroit, étriqué, restreint quand il dit « les bonnes gens du village » ou « leurs petits logis ». Cet humour qu’il prend est une preuve de son détachement par rapport à son passé, de sa propre évolution (même s’il en a beaucoup souffert et que cet humour peut aussi faire masque par rapport à ses cicatrices actuelles).
°De plus on peut remarquer la succession des images venant à l’esprit du narrateur :
un premier zoom : du gout (sensation très vaste) à la madeleine (patisserie), à Combray, à la chambre de Léonie. Puis un deuxième : de la tasse de thé, à la maison, au jardin, au village, aux environs de Combray…
>On pénètre dans un autre monde. A nouveau ce réconfort (chaque contenant est dans un contenu), et ce partage, cette intimité qui se crée avec le lecteur.


III.style, précision et démarche à l’origine d’une « révolution littéraire »
°Ce passage, comme tout le livre est également caractérisé par une manière d’écrire, de longues phrases amples, se heurtant aux moindres soubresauts de la réflexion de l’auteur. La deuxième phrase « ce goût, c’était… » rappelle la construction latine : l’auteur met donc en valeur le mot qui l’intéresse sans soucis gramaticaux. De même, le complément de temps introduit par « quand » suivant une proposition relative et une parenthèse fait l’effet de violences sur le lecteur. Comme une volonté de tout dire en une phrase, de faire du monde décrit un tout, un ensemble indissoluble.
°C’est également l’art de la digression (pose un problème, emet une hypothèse : « peut être », puis une deuxième qu’il privilégie), ces longues phrases suivent la pensée de Proust et effectivement son esprit ne s’arrête jamais, toujours en perpétuel mouvement, en progression. C’est ce que l’on voit surtout dans les suites d’adjectifs tels « plus frêles, plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles » à propos de la saveur et de l’odeur. Chaque adjectif est une nouvelle détermination du nom, celui-ci s’affine devant notre imagination.
°La dernière phrase du premier paragraphe sur un mode très éloquent, c’est un bel exercice de style…Pourtant il ne s’arrête jamais aux généralités, il va au fond des choses, et de la même manière qu’il commence sa réflexion sur des éléments concrets (ici la surprise, l’étonnement : « et tout d’un coup »), il revient toujours sur le vécut « et dès que j’eus reconnu le goût… ».
C’est bien la tonalité biographique du texte au delà des souvenirs, l’homme qui écrit (plus âgé) transparaît : un homme avec ce soucis de la précision, de la perfection peut être même, une rigueur qui l’oblige à se concentrer sur l’essentiel et ne pas s’égarer même si la pensée en ébullition lui donne ce caractère foisonnant. Tout cela malgré un passé qui l’envahit,qui l’a construit, et continue de le faire par sa retranscription.

Conclusion
Au début, Proust croira que le miracle de sa vie fut cette mémoire involontaire, pourtant, au fil des recueils et de sa réflexion, il prend conscience de sa démarche et de sa propre évolution au fur et à mesure de l’écriture. Avoir pu faire de sa vie, de quelque chose d’éphémère et d’inconstant, un livre, quelque chose de palpable, une valeur sure est peut être la justification de son existence. Cependant, un certain apaisement va transparaître, au moins. dans le titre d’un volume, par rapport à cette angoisse du temps qui passe, Le temps retrouvé

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Re: Fiche : Proust, la mémoire involontaire

Message par Marie le Lun 13 Juin - 12:56

Salut !
Bon, j'ai étudié le même passage en cours et j'ai une analyse assez différente, donc si quelqu'un est intéressé :

Du côté de chez Swann, Marcel Proust (1871-1922)

Intro : 1er volet de « A la recherche du temps perdu ». 1ère plongée dans le passé : réveil dans une chambre, 2ème : la madeleine : mémoire involontaire, fait revivre un passé, raconté dans tout le reste du livre. Il n’y a aucune différence entre la vie de Proust et son roman au point de vue de l’analyse des événements.

I) Le processus du souvenir
a) Une expérience involontaire

Narrateur, presque situation de spectateur. Passivité dès la première phrase. Renforcé par l’image du décor de théâtre, et des petits papiers japonais, car verbes pronominaux. Part active et volontaire de l’auteur seulement au point de vue de l’analyse et du commentaire : « peut-être parce que », « ou bien parce que ». narrateur = spectateur car la conscience ne peut pas retrouver le passé, se contente de le reconnaître. Soudaineté imprévisible, surgissement du souvenir mais avec des répercussions dans le présent : marqué par le passé composé. + soudaineté marquée par la brièveté de la phrase.

b) Une expérience sensible

Mémoire sensible > moi intellectuel. §1 : antithèse mort/vie. Dernière phrase met en valeur la puissance. notions négatives au point de vue des sensations, ce qui marque la résistance. : sensations seules capables d’abolir le temps, qui sont le goût et la vue. Pour la madeleine, surtout le goût, le passé est ressenti et non pas raconté, la mémoire intellectuelle n’est qu’informative. L’oublié, car considéré comme sans importance, resurgit grâce à la sensation. Imparfaits de répétition : vie répétitive à Combray.

II) La magie de la mémoire involontaire
a) petitesse de la chose / importance de la conséquence

« petit morceau » : détails précis, souci d’exactitude.
Enumération qui s’amplifie : « et, et », « tout cela »
Un petit morceau, par son effet fait revenir beaucoup de choses.

b) fragilité de la sensation / force du souvenir

comparaison âme / vivant, réel. Vivant voué à périr alors que les âmes sont éternelles. Adjectifs de plus en plus forts et longs, marque la persistance, la vie et la durée, donc la force, comme les infinitifs de la fin de la phrase : passé encadre l’avenir.
Comparaison choses « impalpables » , « petites gouttes » : peut ne pas resurgir. Tout est enfermé dans le plus infime. Vers blanc : décasyllabe : rôle de balance « équilibre immense »

III) La magie de l’écriture

a) recréation littéraire
reconstruction, mise en forme, élaboration artistique + regard => subjectivité.
2 images :
- décor de théâtre : s’élargit dans la phrase. Fleurs mentionnées 3 fois, ce qui marque l’importance de la vision.
- Papiers japonais : parallèle avec la madeleine. « petit morceau » et « tasse de thé », mots utilisés pour les deux. La madeleine permet de retrouver tout Combray, les papiers japonais permettent de retrouver les maisons etc.… Rapprochement aussi entre les petits papiers et l’écriture : les verbes employés sont utilisables pour les mots. + fait appel à la sensibilité. mort et oubli => image de la ruine, de la destruction. Exemple du pouvoir de la métaphore pour atteindre la réalité sensible. La mémoire des sens ramène à la vie ce qui dormait, mais seule l’écriture peut lui donner consistance => recréation par l’écriture.

b) Les pouvoirs de la métaphore

« petit coquillage de pâtisserie » : métaphore à partir de la forme, donc de la vue. « si grassement sensuel » : référence au toucher(et au goût). Assimilation gâteau / femme sur le plan matériel. « plissage sévère et dévot », assimilation avec la femme, corps ET esprit.
Plaisirs sensuels sous apparence d’autorité. [s] => image + son => métaphore. La métaphore dans le domaine de l’écriture correspond à la mémoire involontaire car les deux rapprochent 2 réalités distinctes pour trouver le vrai : la métaphore est l’équivalence littéraire de la mémoire involontaire.

Voilà... même si tout n'est pas toujours très clair...

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Re: Fiche : Proust, la mémoire involontaire

Message par FoX le Lun 13 Juin - 23:44

Merci c'est sympa, ca permettra d'avoir des plans alternatifs selon la question posée.
:thumright:

(lol j'avais pas fait gaf, la ptite soeur K-NicH !) Mr. Green

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